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Lettres & Langues et Cultures de l’Antiquité
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Site Lettres et Langues anciennes de l’académie de Lyon.

Compte rendu du colloque international « Fabula agitur ! » organisé du 28 au 30 janvier 2015 par l’université Stendhal (Grenoble)
Article mis en ligne le 10 mars 2015

par Emmanuelle Convers

A la suite de travaux de didacticiens montrant l’intérêt indéniable du théâtre dans l’apprentissage des langues vivantes, ce colloque avait pour objectif de dresser un inventaire des pratiques théâtrales et artistiques en lien avec l’apprentissage des langues et cultures de l’Antiquité.
Après deux premières journées d’étude - l’une à Grenoble en juin 2013 et l’autre à Lyon en juin 2014 - journées qui recensaient certaines expériences régionales ou nationales, ce troisième et dernier volet, qui s’est déroulé à l’université de Grenoble (Maison des Science de l’Homme-Alpe), proposait en trois jours un état des lieux européen et une réflexion plus globale sur le sujet.
Le colloque a commencé par une approche historique de ces pratiques en France : premiers jeux d’étudiants aux XV et XVI siècles, tragédies écrites en latin et représentées avec beaucoup de faste dans les collèges jésuites au XVIIème siècle, rayonnement mondial du Groupe de Théâtre Antique de la Sorbonne au XXème siècle.
Des communications ont ensuite montré, entre autres, la modernité du grand pédagogue tchèque Comenius, qui vantait déjà au XVIIème siècle les mérites du jeu dans l’enseignement en général et dans l’apprentissage du latin en particulier, ou rappelé le rôle fondamental du chœur dans la formation des citoyens à Athènes à travers des extraits des Lois de Platon. Christophe Rico, professeur à l’institut Polis qu’il a fondé à Jérusalem et auteur d’une méthode du même nom publiée aux éditions du Cerf, a présenté son travail. Sa méthode propose un apprentissage des langues anciennes par immersion et participation active : le professeur parle exclusivement en latin ou en grec et demande aux étudiants de répéter, de reformuler, de jouer ce qu’ils apprennent.
D’autres intervenants ont exposé diverses expériences pédagogiques : concours de lectures de textes en latin organisés entre plusieurs collèges en Angleterre, spectacles en latin écrits par le professeur et présentés par les élèves latinistes lors de la journée portes ouvertes du collège en France, cours débutant de grec en seconde où le professeur écrit et fait jouer en grec des saynètes qui ont pour cadre la villa Kérylos, création d’un spectacle sur Hercule par des lycéens italiens s’appuyant sur le travail de différents ateliers (traduction, costume, maquillage, décor, musique, mise en scène), représentation de pièces en grec ancien au King’s College de Londres (en 2014, Les Guêpes d’ Aristophane) avec des étudiants non-hellénistes.
En ce qui concerne les initiatives à destination du grand public, nous pouvons mentionner la proposition d’un théâtre de Budapest, où un professeur de philologie classique présent sur scène apporte des éclaircissements sur la pièce antique au début et au cours de la représentation. Ce théâtre fait salle comble. A noter aussi la compagnie suisse Stoa qui fait entendre les textes anciens dans leur langue originale, par exemple la Théogonie, avec une traduction simultanée interprétée par un des comédiens.
De nombreux ateliers ou performances ont agrémenté ce colloque de trois jours comme une murder party dont le thème était l’assassinat de César ou la représentation d’une Médée didactique par une troupe anglaise, les Kaloi k’ Agathoi. Le colloque s’est prolongé avec un stage de grec oral d’une semaine animé par Christophe Rico.
Toutes ces interventions ont mis en évidence qu’une pédagogie faisant intervenir l’oralité et le jeu était très efficace pour l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité. Elles ont aussi montré que ces pratiques pouvaient donner beaucoup de visibilité à notre discipline et à la culture gréco-latine en général.
Malika Bastin-Hammou, responsable du projet, publiera courant 2016 les actes de ce colloque.