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Lettres & Langues et Cultures de l’Antiquité
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Site Lettres et Langues anciennes de l’académie de Lyon.

Les Assises Internationales du Roman (A.I.R.) 2011-2012.

Une action partenariale innovante pour rapprocher un auteur et ses lecteurs collégiens via l’E.N.T. du Rhône.

Article mis en ligne le 17 janvier 2013
dernière modification le 5 janvier 2013

par Pierrick Guillot

L’activité proposée par la Villa Gillet autour du roman de Maylis de Kerangal, Corniche Kennedy, permet à des élèves de 3ème d’échanger avec l’auteur leurs impressions de lecture, de publier leurs réponses aux perspectives de lecture proposées par la romancière sur l’E.N.T. laclasse.com.


Objectifs pédagogiques et compétences visés.

L’objectif initial de ce projet est la découverte d’un roman contemporain et de son auteur en favorisant un échange vivant, qui contribue à passer de l’expérience de la lecture à celle de l’écriture.

Les modalités de l’action rendent possible le travail des compétences suivantes :

  • la maîtrise de la langue française, notamment l’ensemble des items du domaine « lire », ainsi que deux items du domaine « écrire » (1.2.2 et 1.2.3) et deux items du domaine « dire » (1.3.1 et 1.3.4).
  • La maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication (items 4.3.1 et 4.5.1)
  • la culture humaniste (« Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’un texte littéraire »).

Descriptif sommaire

D’octobre 2011 à juin 2012, neuf classes de 3ème et une classe de 4ème du Rhône ont bénéficié du dispositif « A.I.R. collège ».

Les élèves ont découvert en classe le livre, ses premières pages et les trois messages envoyés par Maylis de Kerangal sur la page internet dédiée par laclasse.com à ce projet thématique. Parallèlement, ils ont consacré à cette action plusieurs heures hors temps scolaire pour la lecture de l’oeuvre.

Pour vérifier la compréhension des pistes de lecture proposées, des échanges oraux en classe ont précédé un travail d’écriture, d’abord individuelle, puis collective suite à la mise en commun des réflexions personnelles en salle informatique.

  • matériel : un ordinateur relié à un vidéoprojecteur en salle de classe, une salle informatique ou une classe mobile pour la rédaction et la publication des travaux.
  • Logiciels : un navigateur internet pour accéder à laclasse.com et un logiciel de traitement de texte pour la rédaction des travaux.

Descriptif détaillé

Historiquement,ce projet a débuté en 2009-2010 pour les collèges du Rhône (cf l’article sur les A.I.R. 2009-2010 et celui sur les A.I.R. 2010-2011). Pour 2011-2012, les heureux élus ont postulé à l’appel à candidature mis en ligne sur laclasse.com en juin 2011 par le centre Erasme du Département du Rhône. Parmi les établissements sélectionnés, certains découvraient ce projet, d’autres poursuivaient leur collaboration.

Une première rencontre entre Maylis de Kerangal, les partenaires (la Villa Gillet, l’Inspection Académique de lettres, le centre Erasme) et les professeurs a eu lieu en octobre : elle a favorisé la compréhension du dispositif pédagogique, la découverte de l’auteur, l’échange autour du roman et la formation aux outils mis à disposition.

Les livres étant arrivés dans les établissements avant la publication du premier signe de l’auteur, deux possibilités nous ont été offertes : présenter l’objet à la classe en attendant que l’auteur donne le signal du départ, ou lancer les élèves dans la lecture avant les vacances de Novembre en lisant avec eux l’incipit. Quel que fût le choix effectué, cela a principalement procuré l’occasion de présenter le projet aux élèves, ses modalités pratiques et ses enjeux. La plupart des élèves ont réfléchi à l’idée que le plaisir de lire pourrait être augmenté par l’échange et la rencontre avec l’auteur. D’autres se sont convaincus de l’intérêt du projet devant l’absence de contraintes scolaires fortes (souplesse du calendrier de lecture, pas de notation, travaux collectifs).

Maylis de Kerangal a publié son premier signe le 10 novembre 2011. Les participants étant avertis par mail de toute publication sur le site collaboratif, la réactivité des professeurs a été sollicitée dès la seconde moitié du premier trimestre.


1er signe
Maylis de Kerangal s’adresse aux élèves pour la première fois.

L’entrée dans le récit passait d’abord par une observation du livre et une réflexion sur le titre. Le professeur engage les élèves à identifier le livre comme un objet : ils réfléchissent au choix de l’illustration en couverture et aux éléments présents en quatrième de couverture.

Un exemple de démarche a été proposé par la classe du collège Georges Brassens :

collège Brassens
Une manière d’aborder le premier signe publié par la romancière.

Les réponses sont diverses et variées : l’approche lexicale est retenue par la majorité des élèves, ce qui permet un travail d’utilisation du dictionnaire pour le mot « corniche » et un jeu d’association d’idées fécond, créant un réseau lexical riche en synonymes. L’approche géographique sensibilise les élèves aux décors marseillais et ouvre des perspectives de lecture forte.


Réponse au 1er signe.
Un exemple de réponse au 1er signe par le collège Louis Leprince Ringuet

réponse de Maylis de Kerangal
Réponse à l’approche lexicale.

réponse de Maylis de Kerangal au collège Gilbert Dru
Réponse à l’approche géographique.

Ces deux approches sont mises au service de travaux d’écriture plus littéraires : plusieurs classes ont rédigé des incipit imaginés à partir de leurs hypothèses de lecture, quelques groupes d’élèves ont produit des textes ressemblant à des quatrièmes de couverture ou à des résumés.

Maylis de Kerangal a alors invité les élèves à se lancer dans la lecture du roman, sans fixer de calendrier, ce qui a soulagé les lecteurs les plus frileux. Au fur et à mesure de leur lecture, les élèves ont consulté les messages publiés par les autres classes, de telle sorte que leurs horizons d’attente ont évolué et se sont concentrés sur les personnages adolescents ; les décors et le genre policier sont passés au second plan.

Le deuxième signe, publié le 16 décembre 2011, a orienté le projet vers la question du style de l’auteur :

« Bonjour,
"les p’tits cons" de la Corniche…
"…c’est l’âge de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison"…
Voyez-vous une ambiguïté dans cette expression de "p’tits cons " ? Qu’est-ce qu’elle inscrit l’écriture du livre, dans son style ?
Je vous propose de réfléchir à cette phrase et de voir comment elle fait écho à votre propre adolescence, cette période que vous êtes en train de vivre. Et, pour avancer encore, demandez-vous ce qu’évoque pour vous une corniche le long de la mer, sous le soleil de l’été, réfléchissez aux notions de rivage, de bordure, de lisière, de frontière, de limite, de seuil.
Est-ce qu’un paysage peut donner une image de l’adolescence ? en être une métaphore ? »

Les classes devaient dès lors se sentir bousculées : comment aborder la coexistence des niveaux de langage – le style de l’auteur empruntant aussi bien à la vulgarité qu’à la préciosité – et l’enjeu d’un paysage métaphorique ? Cela a offert de véritables échanges critiques car tous les interlocuteurs se sont prêtés au jeu.

  • Par exemple, voici des réflexions d’élèves :
    « En fait ça doit être les gens qui habitent-là qui disent ça, et elle, elle dit « les pt’its cons » parce qu’elle se retrouve peut-être en eux. »,
    « Je pensais qu’elle écrirait en langage soutenu avec les mots compliqués du début, mais elle commence à parler le langage des jeunes. »,
    « Maylis écrit en langage familier quand elle parle des jeunes et en langage plus soutenu quand elle parle des autres. C’est pour se mettre dans la peau des jeunes, pour mieux comprendre les personnages. »
  • Et voilà la réponse de l’auteur :
    « Je ne suis pas d’accord, en revanche quand vous dites : "Maylis écrit en langage familier quand elle parle des jeunes et en langage plus soutenu quand elle parle des autres." Ce serait penser que je fais une hiérarchie dans les sujets : si on écrit sur des jeunes, on se lâche, si on écrit sur des sujets plus sérieux, on fait attention... Non ! Je crois même que l’évocation des jeunes de la Plate se fait dans un style soutenu (par exemple tout le premier chapitre, ou les scènes de plongeons).
    Cependant, il y a souvent, liée à l’évocation des jeunes, de l’oralité : des morceaux de conversations, de langage parlé, viennent s’infiltrer dans une phrase rédigée dans un style plus soutenu, car je voulais faire entendre la langue de ces adolescents. »

L’intérêt de l’idée de « paysage métaphorique » était de confronter au sein d’une classe des opinions différentes, contradictoires.

Réponse au 2ème signe.
Des opinions différentes au collège Frédéric Mistral.

Les réponses apportées par les élèves à ce signe montrent à quel point l’auteur a cerné ses lecteurs adolescents en les engageant à vivre le récit et son décor comme un écho à leur propre adolescence.

Maylis de Kerangal est venue rencontrer chaque classe dans son établissement au début du mois de mars 2012. La préparation de cette rencontre a donné lieu, par exemple, à la production d’un questionnaire, disponible ci-dessous. Depuis la distribution des livres, beaucoup attendaient ce moment et la date prévue a servi d’ultimatum implicite pour finir la lecture du roman.
Les échanges ont été riches, tournant principalement autour du métier d’écrivain, du style et des personnages de Corniche Kennedy.

questionnaire pour la rencontre
Les questions produites par les élèves pour Maylis de Kerangal.

Un troisième et dernier signe a été publié par la romancière le 30 avril 2012, à quelques encablures de la rencontre finale aux Subsistances à Lyon, pendant les Assises Internationales du Roman.

3ème signe.
Maylis invite les élèves à réfléchir à l’inspiration et à l’adaptation.

Les élèves devaient s’interroger sur les influences en littérature contemporaine et l’adaptation de Corniche Kennedy pour le cinéma. S’il a été opportun pour la culture des élèves d’évoquer l’intertextualité, les influences cinématographiques et musicales, cet ultime signe a spécialement suscité des travaux multimédia, des élèves du collège Fénelon créant quelques story-boards et un clip vidéo à partir du roman, et des élèves du collège Gilbert Dru enregistrant leurs lectures à voix haute des pages imaginées par leur classe de journaux intimes tenus par les personnages du roman. Leurs travaux demeurent consultables sur laclasse.com en cliquant sur le troisième signe dans la colonne "avril 2012", puis sur leurs réponses.

Le site est vraiment devenu collaboratif dans la mesure où des classes ont osé poster des commentaires -positifs et sous le contrôle des professeurs.

réponse au collège Fénelon
Commentaires d’une classe et de Maylis de Kerangal à destination d’une autre classe.

La rencontre en mai 2012 a rassemblé aux Subsistances les classes ayant échangé avec Maylis de Kerangal, ainsi que d’autres qui avaient lu le roman : au total, 560 élèves ont pu écouter les textes choisis et lus par la romancière en écho à Corniche Kennedy et au projet mené tout au long de l’année scolaire. Les élèves ont pu communiquer leurs dernières interrogations et réflexions devant l’assistance, et les derniers échanges ont eu lieu en bas des gradins, en toute convivialité.


Limites et perspectives

Cette action partenariale innovante bénéficie de trois atouts indéniables :

  • L’oeuvre choisie offre des perspectives pédagogiques inventives et permet de réinvestir des éléments du programme de français en collège.
  • Les rencontres réelles et virtuelles avec l’auteur rendent la littérature vivante aux yeux des élèves.
  • La plateforme d’échange créée par laclasse.com est accessible facilement et le support très réactif.

Les inconvénients se limitent à la gestion du calendrier et des travaux des élèves. En effet, l’action s’étend sur plusieurs mois et il est difficile de garder la motivation des élèves intacte jusqu’au bout. De plus, les premiers travaux, plutôt individuels, ont demandé des efforts de mise en page informatique importants et chronophages, notamment pour Maylis de Kerangal qui s’est évertuée à répondre à chacun. Une fois les travaux en groupes généralisés, ce souci s’est estompé.

Nous pouvons mentionner plusieurs effets positifs pour la maîtrise de la langue :

  • Dans le domaine « lire » : des élèves en difficulté de lecture ont fait l’effort d’aller au bout du roman, conquis par le sujet et la modernité de l’oeuvre. Les classes ont fait preuve d’autonomie pour cette lecture essentiellement cursive. Les échanges et les réponses suscités par les signes de Maylis de Kerangal ont mis en évidence la capacité de compréhension des élèves.
  • Dans le domaine « écrire » : le fait de publier sur un site internet collaboratif a obligé les élèves à corriger leurs écrits, à réfléchir à la mise en page et surtout à s’assurer de la pertinence et de la cohérence de leurs propos.
  • Dans le domaine « dire » : les échanges verbaux autour de l’oeuvre et la rencontre avec Maylis de Kerangal ont permis de solliciter des élèves réservés ou en difficulté à l’oral en cours de français. Le support du site internet collaboratif a rassuré certains élèves quant à la pertinence de leurs prises de parole.

Cette action se prolongeant sous d’autres formes pour les classes de lycée, certains élèves participeront à nouveau aux Assises Internationales du Roman en 2012-2013, ce qui garantit une continuité dans la découverte de la littérature vivante.

Par ailleurs, Maylis de Kerangal a poursuivi sa collaboration avec les A.I.R. Collège 2012-2013, mais sous une forme différente, celle du cadavre exquis : nous vous invitons à consulter les premiers travaux publiés sur laclasse.com.