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Lettres & Langues et Cultures de l’Antiquité
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Site Lettres et Langues anciennes de l’académie de Lyon.

Élaboration collaborative d’une compréhension littéraire
UNE SÉANCE MULTIMÉDIA EN CLASSE DE 4E SUR LE THÈME « VIVRE EN SOCIÉTÉ, PARTICIPER À LA SOCIÉTÉ ».
Article mis en ligne le 1er juillet 2022
dernière modification le 24 juin 2022

par W∴ Hardouin

Voici, dans le cadre d’une séquence sur le théâtre, un travail en petits groupes sur un texte qui peut présenter des difficultés à la compréhension fine. Les élèves ont pris possession des méthodes qui leur ont été proposées, et ont ainsi pu articuler le numérique à leur travail. Cette séance a été menée dans une salle proposant de nombreux supports numériques.

 Objectifs pédagogiques :

• Apprendre à comprendre un texte littéraire.
• Être acteur de la compréhension.
• Utiliser le numérique à bon escient
• Envisager des méthodes collaboratives pour enrichir la compréhension d’un texte

 Compétences :

• Mobiliser des références culturelles pour interpréter les textes et les créations artistiques et littéraires et pour enrichir son expression personnelle
• Enrichir et structurer le lexique
• Construire des notions permettant l’analyse et l’élaboration des textes et des discours
• Analyser le fonctionnement de la phrase simple et de la phrase complexe
• Pratiquer diverses formes d’écriture d’invention et d’argumentation
• Analyser et interpréter des œuvres et formuler sur elles un jugement personnel argumenté
• Participer de façon constructive à des échanges oraux
• Contrôler sa compréhension, devenir un lecteur autonome

 Compétences du cadre de référence des compétences numériques :

• 1.3 Traiter des données
• 2.2 Partager et publier
• 2.3 Collaborer
• 3.2 Développer des documents multimédia
• 5.2 Évoluer dans un environnement numérique

  Dispositif :

Classe

La séance a été menée avec une classe de 4ème.

Outils numériques pour les réalisations

• La salle réseau, équipée de chaises et de bureaux à roulette, permettant de moduler l’ensemble
• Un groupe d’ordinateurs fixes (avec logiciel de traitement de texte et connexion internet)
• Un ensemble de tablettes connectées
• Outils collaboratifs « outils libres colibris » (colibris-outilslibres.org) ; Pad, Tchat, « Post-it » (tableau collaboratif)
• Créateur de cartes mentales (framindmap.org)
• iGrammaire, logiciel gratuit d’analyse syntaxique, conforme au plan numérique national

Durée

La séance s’est déroulée sur deux heures consécutives pour les analyses et sur une séance d’une heure pour les restitutions.

 Descriptif sommaire :

Les groupes d’élèves ont un seul texte et une même question, mais différents outils pour y répondre. Cela leur permet d’appréhender différents aspects du commentaire littéraire. Un groupe doit adopter une approche lexicale, un autre une compréhension syntaxique, deux groupes s’intéressent aux mises en scène du texte et un dernier groupe étudie les figures de style. Ces outils sont articulés à des supports numériques différents. Cela permet aux élèves d’acquérir des compétences associant numérique et littérature, ainsi que des pratiques d’apprentissages pouvant être utilisées dans d’autres disciplines.

 Descriptif :

Cette séance prend place au cœur d’une séquence sur l’enjeu « Individu et société : confrontations de valeurs ? ». Afin de mieux comprendre les relations entre un individu et la société qui l’entoure, il a été décidé d’étudier un extrait du Misanthrope de Molière (bien qu’il s’agisse d’une comédie, les liens entre Alceste et un personnage de tragédie ont été explicités depuis longtemps) : Acte I, scène 4, vers 604 à 712.

Avant la séance multimédia, les règles de la tragédie et de la comédie ont été rappelées, et les élèves ont élaboré une fiche récapitulative mettant en valeur les différences entre les deux grands genres théâtraux. Puis le texte a été distribué, lu et expliqué sommairement (notamment en ce qui concerne son rôle dans l’économie de la pièce).

Au début de la première séance, les élèves ont été répartis de façon semi-autonome en six groupes. Chaque groupe a reçu un aspect du texte à étudier, sous forme libre, ainsi qu’un support. L’objectif, pour chaque groupe, était d’étudier un aspect du texte, afin de déterminer s’il s’agissait plutôt d’une comédie ou d’une tragédie, et de répondre à la question « Alceste participe-t-il à la vie en société ? », à partir de l’étude effectuée. Le professeur veille à ce que chaque groupe comprenne le travail à effectuer, et puisse s’approprier le support. L’organisation choisie a été la suivante :

GroupesThèmeMatériel
Groupe 1
5 élèves
Le lexique : mots compliqués et jeux de mots Tablettes, sites lexicographiques de référence (TFLi) et Tableau de post-it des Outils Libres Colibris
Groupe 2
6 élèves
La phrase : syntaxes complexes et progression du texte Mur d’expression, feutres pour écrire sur ce mur ; deux tablettes connectées à iGrammaire
Groupe 3
5 élèves
La mise en voix (reconvertie en "mise en scène" à la demande du groupe) Une tablette avec logiciel d’enregistrement intégré
Groupe 4
6 élèves
Les mises en scène possibles de l’extrait Ordinateurs connectés à un pad et captations de mises en scènes fournies par l’établissement [1]
Groupe 5
6 élèves
Les figures de style et les champs lexicaux : comment transmettre l’émotion des personnages ? Plusieurs photocopies du texte, surligneurs, affiche (pour réaliser une carte mentale)

Après un temps de prise en main des différents supports, le professeur a aidé les groupes à orienter leurs recherches et leurs réflexions.


Le premier groupe a utilisé à bon escient le tableau de post-it, pour relever les mots considérés comme compliqués, et noter à leur suite les définitions adéquates. L’intérêt du TLFi, dans ce cadre, est de permettre un surlignage automatique des différents éléments textuels, ce qui facilite la lecture pour nombre d’élèves. Le tableau collaboratif s’est enrichi au fur et à mesure de la progression des autres groupes rencontrant eux-mêmes des difficultés.

Le travail du deuxième groupe est très enthousiasmant pour tous les élèves : l’utilisation d’un mur sur lequel il est possible d’écrire valorise particulièrement la visibilité de ce travail.
Le logiciel iGrammaire a pour objectif de permettre aux élèves de comprendre la syntaxe des phrases, en procédant par des repérages et une hiérarchisation des propositions. Pour chaque phrase (estimée complexe, dans le passage sélectionné), le logiciel demande aux élèves de repérer tous les verbes, puis de repérer le verbe principal. Après quoi, le sujet du verbe principal doit être repéré, grâce aux tests d’extraction et de pronominalisation. Les compléments aussi sont testés : suppression, déplacement, pronominalisation. Ainsi, ils déterminent s’il s’agit de compléments du verbe ou de compléments de phrase. Le logiciel enregistre automatiquement les analyses effectuées par les élèves, ainsi le professeur peut vérifier leur travail en différé.

Le troisième groupe a lu le texte, puis s’est enregistré en train de jouer le texte. Un visionnage permet au groupe de formuler des observations, des remarques, et de rejouer la scène en prenant en compte les commentaires formulés. Il faut bien évidemment veiller à ce que les vidéos ne soient ni conservées ni partagées (il peut être utile, pour cela, de déconnecter la tablette du réseau).

Le quatrième groupe avait pour objectif de formuler une synthèse de différentes mises en scènes, en s’appuyant sur quelques éléments techniques (lumières, couleurs, déplacements, attitudes des personnages), ainsi que sur une perception subjective (l’extrait provoque-t-il le rire ? l’apitoiement ?). Le partage d’écran est alors utile pour que les élèves puissent à la fois regarder l’extrait en question et participer au pad. En vue de la restitution, il est fréquemment rappelé aux élèves que la synthèse doit être concise.

Le cinquième groupe a réemployé les méthodes d’analyse littéraire vues en cours depuis le début de l’année. Cela permet de confirmer que les cours sont bien assimilés. La création d’une carte mentale sous forme d’affiche permet de constituer une sorte de bilan, qui est photocopié et distribué lors de la restitution.

La seconde séance est constituée de cinq bilans de moins de dix minutes chacun. Les deux premiers groupes ont pour mission d’indiquer leur méthode de travail, ainsi que quelques exemples significatifs. Le troisième joue sa mise en scène. Le quatrième et le cinquième groupe présentent un bilan de leurs résultats. Le professeur veille à toujours souligner les éléments récurrents entre les différents bilans, afin de montrer la complémentarité de chaque aspect du travail. La distribution de documents récapitulatifs permet aux élèves de conserver une trace du travail, sans passer par une prise de notes, souvent déstabilisante pour des élèves de collège.

 Limites et perspectives

• Outre la limite posée par le matériel, la rapidité de travail des groupes est un facteur-clé, qui demande une attention particulière. Les deux premiers groupes travaillant sur des aspects essentiels de la compréhension littérale, il aurait fallu que ce travail soit fait en amont, afin que les trois autres groupes ne découvrent pas, après une demi-heure de travail, qu’une tournure particulière à la langue de Molière, incomprise, a causé un faux-sens.
• Bien que l’ensemble des brouillons numériques soit stocké, leur masse rend impossible une évaluation globale. Le professeur doit donc veiller à circuler de façon très fluide entre les groupes, afin de vérifier que tous les élèves travaillent. Une séance en co-animation peut alors sembler pertinente.
• Cette organisation du travail en différents groupes avec restitution finale est très motivante pour les élèves : l’entraide et l’émulation sont particulièrement sollicitées.
• Le groupe en charge de la mise en scène est particulièrement fier de pouvoir présenter à l’ensemble des élèves une petite représentation. Cela peut même éveiller, chez certains, une envie de continuer dans ce domaine.